"Plusieurs grands distributeurs réfléchissent aujourd'hui avec nous à des solutions automatisées"
Logistiques Magazine : Comment les ensembliers-constructeurs de systèmes automatisés traversent-ils la crise?
Jean-Michel Guarneri : La crise pose un réel problème de liquidités mais la situation est très contrastée. Les grands projets internationaux sont quasiment tous au point mort ! Dans les pays émergents, la Russie notamment, qui ont d'importants besoins en mécanisation et en automatisation pour rattraper leur retard, la grande majorité d'entre eux a été en effet stoppée. En Europe de l'Ouest, certains pays souffrent. C'est le cas de l'Espagne, de l'Angleterre et même de l'Allemagne, oû le ralentissement économique est moins net mais où les entreprises ont pris comme à leurs habitudes des décisions drastiques pour limiter leurs investissements. Les pays du Benelux à forte tradition logistique restent quant à eux en croissance. En France, en Italie ou en Scandinavie, la situation est intermédiaire. Si certains secteurs souffrent, l'automobile notamment, d'autres comme l'édition ou le e-commerce tirent notre activité. On assiste aussi, en partie sous le coup de la crise, à une évolution des besoins : alors que les projets étaient essentiellement des projets de développement, la réduction des coûts est devenue prioritaire. Les comportements changent également avec le fractionnement des commandes donc la diminution des quantités de picking, l'augmentation du nombre de palettes multiréférences, le retour à des entrepôts plus petits mais plus proches des zones de consommation, la recherche d'économie d'énergie ou la nouvelle prise en considération des TMS. La logistique se complexifie et les ensembliers-constructeurs de systèmes doivent adapter leurs solutions !
L.M. : Comment cette évolution se traduit-elle dans les équipements?
J.-M. G. : L'époque des systèmes peu évolutifs est révolue. Tous les principaux ensembliers-constructeurs ont énormément développé leurs services d'ingénierie et leurs solutions automatisées ont beaucoup gagné en flexibilité. Pour ce qui concerne Savoye, nos ingénieurs intègrent dès la conception d'un système les paramètres d'évolution des besoins logistiques du client en simulant les futurs flux possibles ou probables. S'il s'agit par exemple de gérer 3 000 palettes complètes en entrée-sortie pour répondre à la problématique posée aujourd'hui, on va intégrer avant de construire l'équipement la possibilité de traiter ultérieurement des palettes mulitréférences et donc prévoir les adaptations nécessaires, à la fois informatiques et physiques, le nombre de gares ou l'emplacement à prévoir notamment. Cette démarche qui se fait en partenariat étroit avec le client a évidemment un coût ! Mais il est préférable d'investir 5 à 10% de plus dans un système dont on est sûr qu'il répondra à la problématique qui se posera dans cinq ou dix ans. Cela implique aussi de notre part une approche beaucoup plus logistique avec un suivi qui ne se limite plus à la maintenance mécanique ou informatique mais induit un accompagnement logistique. Savoye s'engage notamment à ce que les modifications physiques et informatiques prévues à l'origine aient bien les performances escomptées lorsque les flux évoluent.
L.M. : Comment cela influence-t-il la réflexion en matière d'automatisation?
J.-M.G. : Le manque de flexibilité des systèmes mécanisés installés il y a dix ou quinze ans a posé des problèmes. Cela explique certains freins dans les métiers de la grande distribution notamment, qui s'est longtemps dit que l'automatisation n'était pas la solution. Elle s'est donc largement tournée vers les prestataires logistiques qui pour des raisons structurelles rechignent à s'engager dans la voie des systèmes. Plusieurs grands distributeurs réfléchissent aujourd'hui avec nous à des solutions automatisées pour améliorer leur qualité de service et leur productivité. C'est le cas notamment de Carrefour pour qui nous avons déjà automatisé à Toulouse, Rennes et Mâcon trois plates-formes de préparation de commandes-magasins. Certes, le niveau de retour sur investissement qu'attend la grande distribution pose encore parfois problème. Mais d'autres facteurs jouent de plus en plus en faveur de l'automatisation de l'entrepôt : le manque de place pour absorber la croissance des flux sans déménager d'autant qu'il est de plus en plus difficile de trouver en zone urbaine le foncier disponible, la diminution du turn-over causé par la pénibilité des tâches manuelles ou le constat qu'il est plus facile aujourd'hui de recruter des techniciens supérieurs pour gérer des process automatisés et informatisés que de simples manutentionnaires. Notre niveau d'activité est le reflet de cette évolution : fin 2007 et 2008, le marché a "flotté", mais les besoins s'affirment. Chez Savoye, malgré la crise, le carnet de commandes était fni mai 2009 supérieur de plus de 20% à celui de fin mai 2008 !
Sources : interview dans le N°242 de Logistiques Magazine